“L’ émotion que le design peut nous apporter n’a ni langue ni nationalité, elle est universelle”

Le tour du monde du design en une année. Robin Noguier nous raconte son projet fou de partir à la rencontre de designers des quatre coins du globe. Une interview qui fait voyager...
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Quand designer rime avec globe-trotter. Robin Noguier, héticien de la promotion 2016, a décidé de parcourir le monde pendant un an à la rencontre des designers. 16 pays au total, des rencontres inspirantes et une expérience unique : Robin nous raconte tout, avec de belles images à l’appui. Et si vous en voulez en plus, ne tardez pas davantage à vous promener sur le site Esperanto.

 

Pouvez-vous nous présenter votre projet Esperanto ?

 

Robin Noguier : “Le talent est réparti de manière égale mais pas les opportunités”, cette citation de Leila Janah résume parfaitement la situation que je voulais mettre en lumière avec mon projet Esperanto. Mon objectif était de mettre en valeur des designers des quatre coins du globe. Pendant une année entière, j’ai parcouru le monde pour les trouver, les interviewer, les prendre en photos et écrire des articles illustrant la qualité de leurs travaux. 

 

Comment vous est venue cette idée ? 

 

Je travaillais à Ueno à San Francisco, j’avais des superbes conditions de travail et j’en étais conscient ; tout était fait pour notre bien-être : repas préparé, massages, salle de siestes, espaces jeux, personnel très à l’écoute... Nous avions également la chance de travailler sur des projets d’envergure mondiale (Uber, Google, Redbull…) et des salaires confortables. Seuls les designers vivant à San Francisco, New York ou l’Europe de l’ouest figuraient dans les articles en ligne de design. Étant persuadé qu’il y avait des bons designers partout et trouvant cela injuste, j’ai décidé de faire un tour du monde pour le prouver.

Robin Noguier

 J’ai demandé à mes deux meilleurs amis d’enfance s’ils voulaient voyager avec moi, ils ont accepté et m’ont même assisté lors à des interviews. Nous sommes allés dans 16 Pays : Sri Lanka, Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Chine, Japon, Indonésie, Australie, Nouvelle-Zélande, Colombie, Mexique, Pérou, Bolivie, Brazil, Argentine et Chili.

 

Quel est votre parcours ?

 

 Après un bac scientifique, j’ai obtenu un DUT Génie électrique et informatique industrielle à l’IUT de Montpellier. J’y ai appris le sens du travail et de la rigueur qui me servent encore aujourd’hui. Mais ce domaine ne m’intéressait pas du tout et j’ai décidé de changer d’orientation. J’ai découvert HETIC et, après un stage de 3 mois dans une chaîne de Télévision au Canada, j’ai intégré l’école directement en 3ème année. C’était très compliqué au début car je ne connaissais rien au monde du web mais cela me passionnait donc j’ai consacré tout mon temps à mes études : jours, nuits, week-ends et vacances, poursuivant le rêve d'un jour travailler à San Francisco...

Un an de travail acharné plus tard, j’ai intégré une startup à Londres pour mon stage de 3e année en tant que designer. En 4e année, après des mois de travail (surtout la nuit), j’ai mis en ligne mon portfolio développé par un autre Héticien de ma promotion, Dorian Camilleri (aujourd’hui Software Engineer à Google). Immédiatement après, j’ai reçu beaucoup d’offres de stage dont certaines aux Etats-Unis. A partir de ce jour, ma vie a changé. J’ai étudié toutes les propositions et décidé de rejoindre une petite agence plutôt qu’un géant américain comme Facebook.

J’ai choisi Ueno à San Francisco. Nous étions seulement 5 quand j’ai rejoint cette agence. A la fin du stage, je suis rentré à Paris pour faire ma 5e année en alternance à Ultranoir. Je suis ensuite retourné à Ueno en Islande puis à San Francisco et y suis resté jusqu’à mon départ pour mon aventure Esperanto. 

 

Comment avez-vous choisi les différents designers que vous avez interrogé ?

 

J’ai fait énormément de recherches pour pouvoir trouver ces designers, avec très souvent des dizaines d'onglets ouverts en même temps sur mon ordinateur. Certains pays étaient plus difficiles que d’autres, je ne savais pas vraiment où chercher car les designers n’utilisaient pas forcément les mêmes réseaux que moi. Parfois, ils étaient très talentueux mais n’accordaient que peu d’importance à leur présence en ligne.

Pour ceux qui avaient un profil intéressant, j’envoyais simplement un mail. J’ai contacté ainsi 80 personnes durant l’année mais seulement 46 m’ont répondu. C’est décourageant de ne pas recevoir de réponses après avoir a passé des heures à chercher et à rédiger un long mail. J’ai échangé avec ces 46 personnes et j’en ai choisi 16, un par pays visité. Pas les meilleurs ou les plus connus mais plutôt des gens passionnés par leur travail et qui voulaient vraiment représenter leur pays dans un projet comme Esperanto.

Robin Noguier Interview

 

Est-ce que vous pouvez nous raconter l’une de vos rencontres ?

 

Difficile de choisir, mais je vais raconter la première car, elle fut décisive pour la suite du projet. J’avais rendez-vous avec Lahesh au Sri Lanka mais sans réseau internet il était difficile de s’orienter rapidement (bye bye Uber et Google Maps). Je demandais mon chemin toutes les 5 minutes. Après avoir pris plusieurs Tuk-Tuk, j’ai finalement trouvé Lahesh qui m’a accueilli avec un cappuccino et des donuts. J’ai adoré l’attention. Lahesh est un product designer. Il est un fan de Ueno, l’agence dans laquelle je travaillais à San Francisco et connaissait très bien mon travail et même le nom de la plupart de mes collègues. J’ai été très étonné de trouver au Sri Lanka quelqu’un qui me connaissait moi, français d’un petit village du sud de la France. Il avait des étoiles dans les yeux quand nous évoquions San Francisco, Ueno, la Silicon Valley. C’est là que j’ai compris que mon projet pouvait réellement avoir un impact et qu’il fallait que je continue

Robin Noguier 2

 

Est-ce qu’il existe, selon vous, un langage universel du design ?

 

 Toutes les personnes rencontrées avaient leur propre culture, leur environnement spécifique et une façon différente d’appréhender le design. Pourtant, ils avaient tous en commun une passion pour leur travail, une envie de bien faire les choses et le souci du détail. Je pense que c’est dans ces valeurs que l’on peut tous se retrouver et se comprendre. L’émotion que le design peut nous apporter n’a ni langue ni nationalité, elle est universelle.

Esperanto

 

Une anecdote qui vous a marqué ?

 

Chacun des 16 interviews m’a marqué pour diverses raisons mais je peux citer par exemple :

  • La statue offerte pour honorer notre rencontre par Alfrey, le designer Indonésien

Robin Noguier & Alfrey

  • La demande, que j’ai bien sûr acceptée, d’apparaître dans le podcast de Zero Morales au Mexique.
  •  Au Japon, Mikiko ne parlant pas vraiment Anglais, j’ai dû avoir recours à une traductrice.

Outre les anecdotes des interviews, j’ai énormément vécu d’expériences uniques pendant cette année autour du monde comme :

  •  Voyager dans un van en Australie et en Nouvelle Zélande pendant 2 mois. 

Robin Noguier Nouvelle Zeland

Robin Noguier 3

  • Rejoindre le Machu Picchu après une marche de 6 jours.
  •  Vivre dans la jungle amazonienne pendant 4 jours
  • Dormir dans des capsules hôtels au Japon
  • Monter 4500 marches au Sri Lanka pour gravir l’Adams Peak
  •  Apprendre à faire du Surf à Bali (échec cuisant) 

 Et bien d’autres.. encore une fois une aventure d’un an ne peut se résumer à quelques anecdotes.

 

Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur le métier ? Sur vous-même ?

 

Lorsqu’on voyage pendant un an, on en apprend beaucoup sur nous même. On est toujours hors de notre zone de confort et on doit s’adapter tous les jours. On ne cesse de se demander où manger, où dormir, que faire et toutes ces questions nous apprennent à améliorer notre pouvoir d’adaptation à tous types de situation. Ce voyage m’a aussi permis de perfectionner mes connaissances en photographie…

Tour du monde du design

Toutes ces interviews m’ont appris à mieux écouter mes interlocuteurs. Je me suis rendu compte assez vite que je n’étais pas assez attentif et que je pensais beaucoup trop à ma question suivante au lieu d’écouter la réponse à ma question précédente.

Dans notre monde actuel, nous ne nous ennuyons plus à cause des smartphones et je pense que c’est vraiment dommage ! En effet j’avais décidé de ne pas avoir de carte sim donc pas de réseau internet. Pendant mes longues heures de transport, j’ai eu le temps de m’ennuyer, de laisser mon esprit divaguer et de constater que l’ennui était source de créativité.